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par les autorités françaises ce même jour à 18 h 40. Cet évènement constituera un souvenir pénible pour André Ertaud : la disparition brutale d’un équipage qu’il
connaissait bien et dont il aurait pu partager la fin.
Cette période de novembre 1942 va constituer un tournant dans l’existence d’André Ertaud :8- Les Anglais et les Américains viennent de prendre pied en
Afrique. De là ils vont pouvoir par la suite débarquer en Europe du sud puis ultérieurement en Normandie.Ce même mois l’escadre de Méditerranée se saborde à
Toulon pour échapper à la capture par les Allemands. Lui s’apprête à rallier, comme stagiaire, l’Ecole Supérieure d’Electricité. Ce sera sa façon de reprendre le
combat : il va participer, en tant qu’ingénieur, au relèvement scientifique et technique du pays. En 1948, ses travaux sur les armes allemandes lui vaudront une
promotion exceptionnelle au grade d’Ingénieur Mécanicien Principal et une nomination au grade de chevalier de la Légion d’Honneur.
André Ertaud conservait un souvenir marquant de son passage dans la marine. Les domaines techniques qu’il avait pu y découvrir convenaient à ses propres
aptitudes et à ses goûts personnels. Des activités effectuées en période d’avant-guerre il gardait manifestement un souvenir agréable. Comme tous les marins d’alors
il a vécu, de 1940 à 1942, une période difficile dont l’historique des navires sur lesquels il a servi donne un aperçu révélateur."
Sa carrière d'Ingénieur Mécanicien en Chef de la Marine s'achevait, celle d'Ingénieur nucléaire commençait. C'est M. Pierre Menez l'un de ses collaborateurs
qui a évoqué sa brillante carrière au service de l'énergie nucléaire française, l'une des plus importantes du monde.
"J’ai fait la connaissance de Monsieur Ertaud il y a près de quarante ans, dans l’industrie nucléaire. J’étais trop jeune pour l’avoir connu dans la Marine, mais je
me rappelle combien il était resté imprégné de son esprit. C’était sans doute en raison d’une vieille tradition familiale, mais aussi parce que l’éthique et les solides
principes de la Marine  lui convenaient si bien qu’il les avait définitivement adoptés. Les conversations que nous avions souvent en privé débouchaient invariablement
sur des souvenirs de la Royale, et l’on sentait combien il avait aimé cette vie pourtant si exigeante.  Dans ses fonctions industrielles, aussi, lorsque se posait un
problème difficile, c’est en se référant aux valeurs de la Marine qu’il rappelait à des collaborateurs qui lui étaient étrangers, les devoirs de rigueur et d’honnêteté
intellectuelles du métier d’ingénieur.
Après une quinzaine d’années d’embarquements sur des bâtiments et sous-marins de la Marine, la carrière proprement scientifique de Monsieur Ertaud débute
en 1943 où il est affecté au Laboratoire du Collège de France. En 1945, il sera chargé d’une mission d’investigation scientifique à caractère militaire en Allemagne
occupée.
Dès 1946, il fut détaché auprès du tout jeune Commissariat à l’Energie Atomique où il intégra l’équipe d’une douzaine de scientifiques qui, sous la direction de
Frédéric Joliot Curie, réalisa ZOE, la première pile atomique française. Il nous parlait parfois de ce qui fut alors une aventure extraordinaire : ces quelques hommes
partaient de rien, armés de leur seule foi. Il leur fallait tout inventer, développer les théories scientifiques, élaborer les concepts, faire le projet, créer les
technologies alors inexistantes et, le plus souvent, fabriquer les composants eux-mêmes, sur place, dans leur modeste laboratoire.
Cette expérience fut infiniment précieuse à M. Ertaud. Il y avait de grands talents dans l’équipe de ZOE et c’est une grande chance de travailler aux côtés de
collègues de cette valeur. Mais il présentait lui-même, outre ses qualités propres, un profil exceptionnel, puisqu’il possédait à la fois les compétences de deux
excellentes écoles d’ingénieurs, les Arts et Métiers et Supélec, et la formation théorique d’un Docteur es Sciences, tout en s’appuyant sur l’expérience pratique d’un
ingénieur qui avait vécu 15 ans en contact avec ses machines. Dans la pratique d’un métier aussi exigeant que le nucléaire, un savoir-faire s’étendant du niveau
théorique à la technologie donna à M. Ertaud une qualité de jugement incomparable et lui valut une autorité reconnue.
En 1954, il quitta le CEA et fut détaché dans l’industrie, à la SACM, Société Alsacienne de Constructions Mécaniques. J’ai eu le privilège de lire la lettre écrite
à l’époque par l’Administrateur Général du CEA autorisant son départ. Dans celle-ci, le haut responsable du CEA exprimait d’une certaine manière le regret de se
séparer d’un collaborateur précieux, mais il indiquait aussi, avec beaucoup de hauteur de vue, que son passage dans l’Industrie favoriserait le développement des
réalisations nucléaires, pour le plus grand intérêt du CEA lui-même et pour l’intérêt national tout court. A la SACM, l’un des premiers projets sur lesquels il eut à
travailler concerne les premiers grands réacteurs graphite-gaz G2 G3 de Marcoule, premiers réacteurs au monde faisant appel au béton précontraint et au
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