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des voiles noires pour faire remonter le tabac de contrebande vers l’intérieur des terres en déjouant les pièges des bancs de sable du fleuve et les
embuscades des chaloupes douanières.                                                                             
De la pêche au cabotage
Entre les privilèges officiels de pêche et de monnayage et les privilèges officieux de contrebande, les habitants des îles de Rezé ne manquaient
pas de ressources. Ces privilèges vont disparaître avec l'Ancien Régime, hélas pour eux, mais ils bénéficieront toujours de l’avance technique,
professionnelle ... et financière acquise de longue date dans les activités de transport maritime et fluvial. Ce qui leur donnera l’opportunité d'occuper
les premiers le créneau offert par l'explosion de la demande de transport fluvial et maritime au début du XIXème.
On sait naviguer. On a les hommes. On sait construire les bateaux. On a même les moyens de les financer. En quelques années la communauté de
Trentemoult va se mobiliser pour contrôler l’activité renaissante de cabotage national et international dont Nantes est la première place française (il
est préférable de parler de place plutôt que de port car les navires nantais employés au cabotage touchaient rarement le port de Nantes).Les
navigateurs de Trentemoult – Vertou - Indre contrôlent une bonne partie de cette activité. Les statistiques sont parlantes. Sur les six cents Maîtres
au Cabotage diplômés au cours du XIXème recensés par les archives maritimes, les deux tiers sont d’origine trentemousine, un sixième est d’origine
vertavienne et indraise. Comme sous les pieds de chaque capitaine au Cabotage il y a un navire, il est facile d’imaginer que les navires sont commandés
par des trentemousins et vertaviens dans la même proportion. Ces navires sont construits dans les chantiers de Trentemoult et de Chantenay et même
à Vertou à une époque plus tardive. Le rôle maritime de Trentemoult va diminuer progressivement en même temps que celui du cabotage jusqu’à sa
disparition quasi complète à la fin du XIXème. La participation des trentemousins à l'activité cap-hornière au début du XXème sera plutôt symbolique. 
L'aventure de ces communautés de navigateurs du début du  XIXème est  passionnante et riche d'enseignements. On voit une communauté
solidaire qui prend en main son destin, qui ose, qui entreprend, qui prend des risques, qui réussit à contrôler de A à Z une filière professionnelle et qui
pratique spontanément un capitalisme familial à la fois efficace et humain.
L’ Inscription Maritime
J’ai conservé pour la fin une clé essentielle pour comprendre l’existence d'une communauté maritime à Vertou. Il s'agit de l'Inscription
Maritime, une Institution créée par Colbert et qui encadre toutes les professions maritimes et assimilées. Marins, capitaines, pêcheurs, charpentiers
de navires étaient tous enrôlés dès leur plus jeune âge sur les listes de l’IM, de façon à être mobilisables à tout moment pour servir sur les vaisseaux
(ou dans les Arsenaux) du Roi, de l’Empereur ou de la République. Les Inscrits Maritimes appartenaient de ce fait à une classe de population bien à
part, semi militaire en quelque sorte, et à ce titre organisée et administrée dans les moindres détails par l'Administration. Ce qui incidemment permet
de nos jours à tout historien amateur de reconstituer assez facilement la carrière d’un ancêtre marin ce qui n'est pas possible pour un ancêtre terrien
laboureur ou artisan.
L’Inscription Maritime a été créée par Colbert en 1670 à partir d’un double principe : faire l'inventaire systématique des marins français tenus à
la conscription obligatoire avec en contrepartie un système de protection sociale novateur qui existe encore et qui est l’ancêtre de tous les régimes de
protection sociale. Cette organisation a donné à la Marine militaire française une grande efficacité. Si au XVIIIème nos colonies ont toutes été
perdues c’était uniquement à la suite de lamentables défaites militaires sur terre où la lâcheté s’était associée à l'incompétence et à la trahison. 
Dans chaque port de France il existait un représentant de l’ IM, Administrateur ou Syndique selon son importance. Vertou comme tout port
maritime avait au début du XIXèmes son Syndique dont on trouve une trace dans une correspondance de Auguste Bureau écrite de Toulon : “ le
commissaire de notre bord m’a demandé si je connaissais le Syndique de Vertou. Je lui ai dit qu oui et même que nous étions parents et que je le
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