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On peut vérifier à quel point ils exercent un métier dangereux puisque sur 8 Capitaines de cette génération 4 disparaissent en mer autour de trente
ans. Très peu de navigateurs de cette génération réussissent à atteindre l'âge de 60 ans. Jean Bureau fait figure d'exception avec ses 77 années alors que
ses deux frères, son oncle et son cousin disparaissent en mer autour de 30 ans. 
Nés autour de 1820 ils exerceront par conséquent leur activité en plein Second Empire, ce qui permet de situer très exactement leur mode de vie et
leur mentalité. Jean Bureau est tout à fait emblématique de ces navigateurs du Second Empire. Il prend son premier commandement en 1848. Il participe en
1855 à la guerre de Crimée. Il voue un profond respect à l'Empereur qui l'a décoré de la Médaille Militaire, assortie d’une récompense de 200 F, une belle
somme pour l’époque. Il est abonné aux revues hebdomadaires très appréciées à cette époque  comme Le Magasin Utile, qu’il fait précieusement relier chaque
année. C’est dans ces revues périodiques qu’écrivent, payés à la ligne, Alexandre Dumas et Jules Verne (qui naît cinq années après Jean Bureau et meurt cinq
années après lui).
Cette époque fut celle d'un extraordinaire dynamisme. L'Europe n'avait pas encore été supplantée par les Etats-Unis. La France affichait une
étonnante vitalité dans tous les domaines : économique, technique, scientifique, industriel, littéraire, artistique, architectural.  Rien ne faisait peur alors aux
Français à l'instar de ces petits vertaviens partis de leurs tranquilles bords de Sèvre pour aller courir la dangereuse aventure du grand large...Les hommes et
femmes de cette époque étaient imprégnés de valeurs chrétiennes. Mais étrangement ils se référaient plutôt à la Providence divine qu’à Dieu, cette
Providence qui représente pour les hommes du XIXème tous les moyens offerts à l’Homme par Dieu dans sa grande bonté pour qu’il en fasse le meilleur usage.
Sous la protection de la Providence et avec l’aide divine rien ne peut résister aux hommes entreprenants de cette époque. Pour eux le progrès avait une
signification messianique.
Le roman de Jules Verne “L’île Mystérieuse“ – que j’ai lu tout jeune dans une splendide édition originale dorée sur tranche prêtée par un vieux capitaine
du Chêne - est une allégorie exemplaire de ce mythe de la Providence. Quelques hommes échoués sur une île inconnue inhabitée vont réussir à la transformer
en un petit paradis terrestre parfaitement aménagé grâce à leur travail, à leur ténacité, à leurs connaissances scientifiques et … l’aide d’une caisse à outil
providentiellement échouée sur la grève. La participation active des hommes de cette époque aux progrès de l'humanité était pour eux une manière d'honorer
Dieu.
Les maisons de capitaines 
Leurs navires de bois et de voiles - retournés en poussière depuis longtemps - n'ont laissé aucune trace matérielle de l’activité de ces navigateurs
contrairement aux premiers établissements industriels de cette époque. La seule marque visible gravée dans le paysage du Pays Nantais, ce sont leurs belles
demeures qui autrefois désignées sous le nom de " maisons de Capitaines ", et que l’on peut voir encore à Vertou dans le quartier de la Chaussée, dans les
villages du Chêne et de la Barbinière, et dans plusieurs autres villages de la commune. Et encore bien mieux à Trentemoult. Leurs dimensions sont beaucoup
plus modestes que celles des grands négociants plus ou moins négriers du XVIII
ème
: grandes maisons rectangulaires à un seul étage avec un toit d’ardoise à
quatre pentes, protégées par un petit jardinet donnant sur la rue planté d’essences exotiques (palmier, camélia, araucaria, magnolia, parfois un bananier) de
façon à bien marquer la profession de son propriétaire. Souvent les parterres des jardins sont ceinturés de gros coquillages blancs de lambis rapportés de
leurs voyages aux Antilles et une serre est toujours accolée à la maison où leurs propriétaires retrouvent les plantes et la chaleur de leurs voyages lointains.
Quand on pénétrait dans ces maisons on était surpris par l'accumulation de bibelots de toutes sortes ramenés de leurs voyages : poteries anglaises -
les pots de Jersey faisaient alors fureur - tapis orientaux, effrayants masques africains ou asiatiques … avec accrochée au mur l’inévitable carapace de
tortue marine. Sans compter bien sûr les maquettes et les tableaux de navires. Ces maisons sont meublées en style "contemporain" pour l’époque et donc dans
le style Second Empire. Ces objets n'ont pas tous disparus et sont encore nombreux dans la région mais dispersés au gré des partages et des déménagements
ils restent les vestiges muets de cette époque oubliée.
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