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aussitôt à vide je crois bien qu’on m’enverra faire un voyage en Chine … Lorsque vous recevrez ma lettre ne manquez pas d’en donner connaissance à ma
Pauline et de faire ce que je suis privé de faire, l’embrasser … Vous ne manquerez pas non plus de faire des compliments à vôtre écrivain qui a eu l’esprit de
faire une lettre un peu plus longue que celle que j’avais reçu à bord du Pur-Sang  …“
On constate avec plaisir que les navigateurs de Vertou même à l’autre bout du monde restent fidèles à leur Vertou et à leur cher Muscadet ! On verra
plus loin que Trentemoult avait ses pêcheurs-monnayeurs, Vertou avait ses marins-viticulteurs.
Vie de marin, vie de chien
L'extrait suivant d’une chanson populaire de marin (Adieu Cher camarade) résume la mauvaise image qu’avait alors la profession de marin : “… Et si je
marie et que j’aie des enfants/Je leur casserai un membre avant qu’ils soient grands/Je ferai mon possible pour leur gagner du pain/Le restant de ma vie,
pour pas qu’ils soient marins/Pour pas qu’ils soient marins …“
Le souvenir nostalgique des beaux navires de cet âge d'or ne doit pas faire oublier les conditions de vie épouvantables qui étaient endurées par les
marins de cette époque. Mais alors qu'il existe de nombreux récits racontant la vie des marins militaires, notamment ceux de Louis Garneray “ Voyages,
Aventures et Combats “ ou les atrocités du trafic négrier en revanche personne n'a daigné s'intéresser à la vie des obscurs marins à bord de ces petits
voiliers marchands.
A ma connaissance il n’existe qu’un seul document, mais il est remarquable, écrit par un jeune américain d’une famille patricienne de Boston, Robert
Henri Dana,  lequel avant de devenir un brillant avocat s’est embarqué pour des raisons obscures en 1834 (il a alors 19 ans) comme marin à bord d’un brick
marchand de Boston, le " Pilgrim". RH Dana est un quasi-contemporain de Jean Bureau qui commence à naviguer comme mousse à peu près au même moment
que celui-ci. Il a raconté son expérience de ses deux années de navigation dans un livre intitulé "Deux années sur le gaillard d'avant" qu’il ne publiera que bien
après son retour. Ce grand classique de la littérature américaine aura aux Etats-Unis un tel retentissement qu'il sera à l'origine des premières lois sociales
en faveur des marins. 
Cet ouvrage est indispensable pour comprendre ce qu'était la vie rude et dure des marins de l’époque : entièrement à la  merci des éléments naturels,
calmes plats, tempêtes, orages, chaleur, froid et neige. Constamment mobilisés de nuit comme de jour par tous les temps pour adapter le réglage des voiles
aux brusques changements de temps et de vent. Evoluant à plusieurs dizaines de mètres dans une haute mâture accrochés d’une main à un filin et reposant
sur un marchepied instable. Une seconde d'inattention et c'était la chute fatale. Aucun répit, même en dehors des manoeuvres, car il fallait constamment
réparer, peindre et entretenir la coque, les cordages et les espars soumis à rude épreuve. C'était une condition de survie. Même au port – le navire restait
presque toujours mouillé en rade et n’était que très rarement posté à quai - il fallait constamment se tenir sur le qui-vive pour pouvoir lever l'ancre au
moindre grain. Les naufrages au mouillage étaient en effet très fréquents. La nourriture était infecte et toujours insuffisante. Le poste des marins “sous le
gaillard d’avant“ était d'un total inconfort encombré par des vêtements toujours mouillés où jeunes mousses et vieux marins cohabitaient dans les pires
conditions de promiscuité. (la maîtrise et le cuisinier occupent la partie arrière du navire). 
Dans le pire des cas comme le relate RH Dana les marins devaient subir la discipline et les humiliations sadiques d'un capitaine réputé "seul maître à
bord" et attitré à leur infliger brimades et punitions corporelles. Ce n’était bien évidemment pas le cas des bricks vertaviens armés “en famille“ dans des
conditions bien différentes de celles des navires marchands américains de la même époque. Car il y avait aux Etats-Unis une grande pénurie de marins et la
plupart d’entre eux venaient des bas-fonds de l’Europe, repris de justice ou déserteurs. Les armateurs devaient payer des sergents recruteurs chargés
d’expédier à bord n’importe qui, consentant ou non, à n’importe quelle condition. C’était des équipages de “sacs et de cordes“ comme ceux des navires de
complaisance aujourd’hui. Et les capitaines devaient avoir un profil en conséquence.
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