Navigation bar
  Home Start Previous page
 64 of 113 
Next page End 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69  

: il fallait non seulement savoir lire et écrire, ce qui n'était pas si fréquent à l'époque, mais aussi savoir maîtriser les techniques de la manoeuvre et de la
navigation hauturière (Long Cours) et côtière (Cabotage), pour partir naviguer sur toutes les mers du globe avec des petits navires très voilés, armés avec un
équipage réduit, tributaires des aléas et des caprices des éléments naturels. Bien entendu il fallait acquérir les connaissances théoriques et pratiques
exigées pour obtenir les diplômes de Maître au Cabotage ou de Capitaine au Long Cours. Sans parler des compétences comptables, financières et
commerciales.
Les jeunes vertaviens du Chêne et de la Barbinière pouvaient acquérir dès leur plus jeune âge les bases techniques du métier de marin. Tout jeunes ils
jouaient avec les barques, ils observaient et aidaient la manœuvre des gabariers, ils les accompagnaient chaque fois que possible au Port de Nantes où ils
montaient avec respect et admiration à bord des grands voiliers de mer. Ils observaient avec curiosité le travail de leurs parents charpentiers de navires
dont ils connaissaient les moindres détails de structure et de vocabulaire.
On peut se demander comment les jeunes enfants de petits villages de Vertou, fils de gabariers ou de charpentiers pouvaient acquérir le niveau
d'enseignement “supérieur“ indispensable à une époque où la grande majorité des Français était analphabète, et où l'enseignement public n'était ni
obligatoire, ni gratuit pour la bonne et simple raison qu'il n’existait pas. Cette éducation élémentaire de bon niveau était nécessaire non seulement pour les
capitaines mais aussi pour ceux qui travaillaient à Vertou à la construction de navires et qui devaient mettre en œuvre des techniques relativement évoluées
de calcul et de dessin. Comme toutes les professions de haute technicité sous l'Ancien Régime, l'exercice de cette profession était étroitement encadré par
des traditions et les règlements corporatistes.
La réponse est apportée par l'étude réalisée par M. Pierre Richard publiée dans la Revue Regards sur Vertou – 1998 -N° 5 et intitulée "Les Ecoles
Communales de Vertou" – pages 99-100. On y lit que la commune de Vertou avait reçu au début de 1833 l'ordre de créer une école publique : "Le 16 Juillet
1833 le Conseil Municipal propose comme candidat M. Lebeau, depuis 6 ans déjà instituteur dans la commune et donnant toute satisfaction à condition
toutefois qu'il soit pourvu d'un diplôme de capacité. Sa nomination sera effective le 25 Novembre. Notons que M. Lebeau (Frère du St Esprit) exerçait alors
comme Instituteur libre au Chêne …"
On peut penser que M. Lebeau n'a pas produit entre-temps le diplôme exigé car on peut lire qu’en 1837 : “ la commune choisit comme Instituteur M.
Raphaël Verona de la Haye-Fouassière pour sa bonne moralité et son niveau d'instruction, confirmé par des certificats à l'appui…" Mais coup de théâtre, deux
ans plus tard, M. Verona démissionne de ses fonctions d'Instituteur le 3 Novembre 1839 … "sous prétexte que, en concurrence avec M. Lebeau, Instituteur
libre au Chêne, son nombre d'élèves est insuffisant“. L’inventaire réalisé en 1841 dénombre 40 élèves inscrits à l'école primaire de la commune … alors qu'au
Chêne M. Lebeau enseigne à 42 élèves !
Force est de constater que dès 1827, et donc au tout début de l'aventure des navigateurs vertaviens, les habitants du Chêne disposaient d'une école
dix ans avant la création de l'école publique de Vertou et que quatorze ans plus tard elle instruit à elle seule autant d'élèves que l'école publique de la
commune entière ! C'est un bon exemple de la réactivité de la petite communauté “maritime“de Vertou pour répondre aux besoins de formation de ses futurs
Capitaines. On en trouve une confirmation émouvante, dans une lettre écrite par le jeune Pierre Bureau à son cousin Jean : "… et moi je suis toujours en
classe ainsi que Théodore et nous travaillons comme des marthyrs, et ça ne va pas vite…"
Tous les natifs du Chêne, comme moi, qui ont dû subi les humiliations condescendantes des bourgeois (cad des habitants du Bourg) de Vertou pleins de
mépris pour ces villages de marins mécréants seront ravis d'apprendre qu'au début du XIXème les jeunes enfants de mon village natal étaient plus instruits
et plus évolués que tous ceux de la Commune, une formation qui fut la clé de leur brillante réussite professionnelle et plus tard de celle de nombre de leurs
descendants. Que de leçons à prendre encore là ! 
Previous page Top Next page