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Dans ce système l'armateur ne joue qu'un rôle de portage financier, car c'est au capitaine qu'il revient de choisir son équipage, d'organiser ses
voyages, de recruter son fret. Cette association n'est pas exempte de conflits d'intérêts. On voit par exemple que l'armateur veut pousser notre Jean
Bureau vers le cabotage transatlantique alors que celui-ci se fait tirer l'oreille. . Ce système de préfinancement est de nos jours couramment utilisé par les
groupes allemands de transport routier qui pré-financent le camion de chauffeurs originaires des pays de l'Est qui le remboursent progressivement en
fonction de leur activité. On peut imaginer quelles en sont les conséquences pour eux et leurs concurrents. C'est aussi la recette des seules marines
marchandes qui survivent en Europe, la scandinave et la grecque. C'est celle des commerçants chinois. Mais aussi, ceci est beaucoup moins connu, c'est la
recette du dynamisme technologique des Etats-Unis où de jeunes entreprises de haute technologie peuvent se développer dans un environnement de
capitalisme de proximité, comme dans la Silicon Valley. Nos ancêtres navigateurs pratiquaient spontanément ce "capitalisme de proximité “, qui est la clé de
nombreuses réussites et que l'on ferait bien de redécouvrir en France par les temps qui courent.
Les intéressés
On trouve de nombreuses traces de ces “intéressés“ dans la correspondance personnelle et professionnelle de Jean Bureau. Ils sont le nerf de la
guerre. Par exemple Jean Bureau écrit le 31 Décembre 1857 à  un destinataire (non identifié) qui lui a demandé conseil : "J'ai reçu votre lettre datée du 24
Décembre dans laquelle vous me dites qu'une difficulté existe entre Monsieur Bureau et le capitaine d'un navire sur lequel il a un intérêt et que le Capitaine
est armateur du navire. Vous me demandez si c'est le Capitaine qui doit aller chez ses Intéressés régler les profits de chaque voyage ou si au contraire c'est
à son domicile que ceux-ci doivent chercher leur part des bénéfices. Suivant moi c'est aux Intéressés d'aller chercher leur part des bénéfices chez
l'armateur et non à l'armateur d'aller porter la part de bénéfices chez les Intéressés. Quoique moi je suis Armateur et Capitaine de mon navire et que c'est
moi qui porte la part de bénéfices chez chaque Intéressé, mais suivant moi c'est une complaisance de ma part".
Jean Bureau écrit de Liverpool le 20 Novembre 1858 à M. Denis, Courtier maritime, N° 33 Quai de la Fosse : "...Si le Capitaine Bachelier qui a
commandé mon navire pour le dernier voyage des Antilles se présente chez vous pour vous demander de l'argent pour l'intérêt que je lui ai promis de prendre
dans le navire qu'il est à faire construire, je vous prie de lui compter une somme de 500 à 600, sans dépasser ce dernier chiffre et vous aurez la
complaisance de faire un petit compromis que (si) je venais à construire ou à acheter un navire il prendrait le même intérêt avec moi."
Le 15 Décembre 1848 il détaille ce qu'il a donné à ses intéressés, ses deux oncles Aimé et Guillaume Huchet et sa tante Veuve Bureau. Dans cette liste
figurent aussi les noms de : Auguste Badoit, Julien Pivet, Jean-Baptiste Mazureau, François Giteau, Pierre Métaireau, Jerôme Poirier, André Priou, Francis
Duteil, Veuve Chaillaud.
On connaît le détail de l’intéressement du “Gustave et Joséphine“ où figurent également Aimé et Guillaume Huchet oncles des cinq capitaines Bureau.
Les prénoms du navire correspondent à ceux de la famille Bureau Pihuite.
Quand on connaît le nom d'un navire, et que l’on sait qu’il a été immatriculé à Nantes on peut se procurer aux Archives départementales le dossier de
Douanes du navire en question dans lequel on trouve les caractéristiques du navire, le chantier de construction, sa date de mise en service, mais aussi le nom
de ses commandants successifs, des indications sur ses voyages ...et aussi des informations sur les Intéressés. C'est en effet l'Administration des Douanes
qui gérait les parts de navire, avec le même rôle que celui du Cadastre pour les propriétés terrestres. On trouve dans ces dossiers quantité d’informations
précieuses, notamment  sur le statut social des intéressés.
L’énigme de la formation
Un analphabète pouvait être marin sans problème et c'était généralement le cas. Mais pour passer Capitaine il y avait une marche importante à franchir
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