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près d’un groupe; c’étaient des mains qui se tendaient vers nous avec des râles, des appels au secours. Je me souviendrai longtemps de cette journée.
Mais il fallait agir promptement; le commandant fit bien les choses; on chercha d’abord à sauver les gens à l’eau, trempés complètement; un à un, deux à deux,
le long du bord on les pêchait et les ramenait pendant que les embarcations allaient en prendre. Cent cinquante environ furent sauvés ainsi; les malheureux étaient
dans un état lamentable, à moitié congestionnés; quelques uns sont même morts à bord.
Pendant tout ce temps il fallait veiller au sous-marin qui ne se montra pas d’ailleurs. Le temps passait vite; vers trois heures de l’après midi on put s’attaquer
aux radeaux les plus petits et les moins confortables; le sauvetage fut moins pénible car les hommes qui s’y trouvaient n’étaient ni trop mouillés ni trop fatigues. La
T.S.F. avait fonctionnée et nous attendions du renfort en continuant le sauvetage; le pont se remplissait vite avec les gros radeaux;  mais beaucoup de malheureux
grelottaient; il fallut en descendre dans la chaufferie et dans la machine, pendant que sur le pont on faisait la respiration artificielle à ceux qui avaient perdu
connaissance.
A cinq heures du soir un torpilleur arrivait et sauvait les gens des chaloupes, installés confortablement ceux là. A 6 heures ½ (du soir) nous avons fait route
pour Argostoli; rempli de survivants, il y en avait partout, sur le pont, dans les chambres. La nuit ne fut pas très mauvaise comme mer; sauf le matin où cela
commençait à se gâter; nous avons été surpris en constatant que nous avions sauvé 475 personnes parmi ceux-ci le colonel et le commandant du cargo.
L’autre torpilleur en avait sauvé 327; 802 sauvés sur 1040; c’est miracle qu’il n’y ait que 240 disparus avec le temps qu’il faisait; d’autant plus que les soldats
venaient de manger quand le bateau a été torpillé; s’il avait fait beau; nous en aurions peut être sauvé davantage. Mais chacun a fait ce qu’il a pu: des matelots se
sont jetés de nombreuses fois à l’eau avec une corde pour amener le long du bord des hommes qui n’en pouvaient plus sur les planches. Heureusement que nous
étions là, car  le nombre actuel des victimes ne serait peut être pas celui des sauvés. Ce soir l’Amiral a témoigné officiellement par signal, sa satisfaction à “L’Arc”;
mais ce qui nous a le plus fait plaisir ce sont les remerciements bien sincères ceux-là des gens que nous avions sauvés.
Célestin Gicquel ”
Les soldats de cette Armée d’Orient appartenaient à des régiments d’Infanterie Coloniale, dont beaucoup recrutaient dans l’Ouest de la France. J’ai enfin
compris pourquoi on rencontrait autant de traces de soldats morts  réputés à “Salonique” dans nos cimetières et dans nos généalogies. En fait ils n’étaient pas
morts à Salonique, mais quelque part sur ce long front d’Orient qui allait de la Serbie à la Roumanie. C’était le cas de Pierre Le Tilly un jeune frère de Ernest Le
Tilly, tué quelque part en Serbie à 19 ans,et d’un cousin Fruneau mort aussi là-bas des suites d’une méningite à 24 ans. ( J’ai appris à cette occasion que les fiches de
tous les soldats morts pour la France sont disponibles sur Internet, sauf de ceux morts de maladie pour lesquels il faut écrire pour obtenir la fiche) .
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