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vieille de plusieurs siècles de gabariers, charpentiers de navires, marins, pêcheurs, pilotes, constructeurs de barges, capitaines au cabotage, officiers de marine
tous issus de Vertou et de Trentemoult.
Une maison emblématique
Ah si les maisons pouvaient raconter tout ce qu’elles ont vu et entendu! La maison de Vve Marie Bureau érigée sur le Coteau du Chêne a été pendant cent
cinquante ans le témoin muet du destin – souvent tragique - de la famille. Les hasards de l’existence et des successions ont fait que je sois le dernier représentant
de la famille à y être né et son dernier propriétaire. 
Marie Bureau l’avait fait construire peu de temps après la disparition de son mari Pierre. Avait-il réussi à enchaîner plusieurs voyages avantageux avant de
disparaître, mystère ? Car c’est à cette époque l’une des plus grandes maisons du village du Chêne. Perchée sur le Coteau elle est visible de loin, que ce soit en
venant du bourg de Vertou ou de  Nantes. C’est là que Marie Bureau élève ses deux jeunes fils Pierre et Théodore. Elle y reçoit souvent en l’absence de leurs époux
partis en mer ses trois sœurs et sa belle-sœur, toutes les cinq épouses de Capitaines. On imagine que s’y retrouvaient aussi tous les jeunes neveux Bureau, Pichaud,
Huchet brûlant de devenir eux aussi Capitaines au plus vite.
On peut imaginer les conversations commentant les séances communes de lecture des lettres reçues de leurs lointains maris; les commentaires sur la
réussite et les dangers de leurs voyages; les appréciations critiques sur les désignations de Capitaines; les espoirs mis dans la construction de nouveaux navires; les
intérêts et les profits des voyages dont on épluche en famille les comptes car épouses et mères de Capitaines suivent de près les affaires de leurs maris. Elles
encaissent les parts d’intérêt; elles font circuler les billets à ordre; elles se déplacent chaque fois que nécessaire à Nantes pour régler avec les armateurs ou les
courtiers tel ou tel problème pratique; elles s’occupent de l’intendance, des récoltes et des vendanges; elles surveillent les études et les progrès des enfants qui
épient les conversations fort intéressantes de ces dames tout en admirant sur la cheminée la maquette de frégate de leur oncle Pierre. Après les mariages de
Pierre et de Auguste on y accueille aussi leurs épouses Hortense Lancelot et Pauline Pichot accompagnées de leurs petites filles.
Mais en 1854 c’est le début d’une longue série noire qui va frapper cette maison et sa famille. Disparaissent tour à tour en 1854 Pierre, puis en 1856
Théodore, puis en 1857 Veuve Marie Bureau, puis en 1859 Pauline Pichot la jeune épouse d’Auguste, puis en 1863 Auguste Bureau. Ernestine Ertaud vient enfin y
habiter. Sa fille Ernestine Bureau n’y naîtra pas, née selon l’usage à Trentemoult chez ses grands-parents. Sa cousine orpheline Noëmie Pauline y est recueillie par
Jean Bureau et elle sera élevée au Chêne avec sa cousine Ernestine. La maison se vide à nouveau quand Ernestine se marie en 1886 et part pour St Nazaire. Elle se
remplira à nouveau quinze ans plus tard avec le retour obligé au Chêne de la famille de Ernest Le Tilly ruiné. Mais les jeunes Le Tilly la quittent vite pour partir
naviguer, aller se battre au front ou se marier. Quand son mari Ernest meurt en 1920 Ernestine se retrouve à nouveau seule en compagnie de sa cadette Marie qui
bientôt la quitte pour prendre la cornette des Sœurs de St Vincent de Paul. 
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