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Les Cap horniers
L'histoire est la suivante. A partir de 1880, la marine marchande française et donc nantaise traverse une crise meurtrière, conséquence d'une accumulation
d'évènements fâcheux : grave crise économique dans l’ensemble de l'Europe qui assèche le transport européen, ralentissement général des échanges, lois
protectionnistes de 1866, suprématie économique, maritime et coloniale de l'Angleterre, concurrence des chemins de fer qui tuent le trafic de cabotage national, la
grande spécialité de la marine nantaise, ouverture du Canal de Suez en 1869 etc. La marine à voiles française et mondiale commence une lente agonie qui s'achèvera
définitivement au début du premier conflit mondial. 
La flotte française est alors tombée au 9ème rang mondial des flottes mondiales de voiliers, battue même par la Grèce. Pire encore, alors que la flotte
mondiale double entre 1870 et 1900, dans le même temps la flotte marchande française régresse. Après quinze années de mort lente l'Etat français prend
conscience que cette crise peut gravement nuire au développement de ses ambitions coloniales. Vieux démon français, l'Etat va s'immiscer dans le jeu économique
en s'y prenant comme d'habitude très tard et très mal. Une loi d'aide à la construction des navires à voiles est votée en catastrophe le 30 Janvier 1893 pour
tenter de relancer la marine marchande à voiles en France alors que des centaines de grands voiliers déjà construits par les grandes nations maritimes commencent
à entrer dans leur phase de déclin.
La marine marchande française va renaître mais de façon étatique, artificielle et absurde. Au lieu d'encourager la navigation à vapeur cette loi va inciter à
construire de 1893 à 1902 des centaines de navires à voiles économiquement et techniquement condamnés dès leur naissance.  Ces navires sont construits dans la
précipitation par des chantiers sans expérience ouverts en catastrophe par opportunisme sous la pression d'armateurs transformés en chasseurs de prime fiscale.
Qui plus est, le mode de calcul des primes encourage la construction de navires élancés et rapides pour transporter des marchandises pauvres, lourdes et en vrac,
donc instables (blé, engrais, nitrates). Ce qui les rendait à difficiles à manoeuvrer et dangereux à naviguer. Pire encore, les primes étaient calculées sur la base
d'une distance-type de port à port. Les armateurs avaient donc tout intérêt à inciter leurs capitaines à raccourcir les trajets en serrant au plus près l'Antarctique
où ils rencontraient des mers terrifiantes et meurtrières.
Pour toutes ces raisons de nombreux voiliers cap horniers français connaîtront des fins tragiques : naufrages, collisions, échouages et enfin torpillages. Sur
les 147 cap horniers nantais répertoriés par le Cdt Lacroix on en dénombre 10 perdus corps et biens, 2 incendiés, 37 naufragés par fortune de mer, 36 coulés
pendant le premier conflit mondial, 16 vendus à l'étranger. Et combien de marins disparus avec !
L'époque des Cap horniers a été beaucoup médiatisée. Bien entendu les capitaines et marins courageux de cette époque méritent notre plus grand respect,
naviguant sur des navires indomptables et instables au milieu de mers déchaînées et de tempêtes terrifiantes, encerclés de glaces menaçantes. Ils ont payé un
tribut très lourd à la mer, beaucoup trop lourd. Ils ont écrit des pages héroïques, certes, mais à la manière des derniers soldats sacrifiés dans une guerre perdue
d'avance. Tant de jeunes pertes humaines auraient pu être évitées sans cette loi de technocrates imbéciles (pléonasme) qui fut en partie à l’origine de cette
hécatombe.
Contrairement aux idées reçues aujourd’hui dans la région nantaise, une de plus, à l'époque des cap horniers les marins nantais ont quasiment disparu,
remplacés par des équipages de Bretagne Nord (Paimpol, Cancale, St Malo, Bréhat), du Morbihan et de Normandie. Une évolution encouragée par le progrès des
chemins de fer et des communications. Au milieu du XIXème quand les communications étaient lentes et difficiles les armateurs devaient avoir leurs équipages sous
la main, prêts à être mobilisés rapidement pour un nouveau voyage. Avec le chemin de fer et le télégraphe les armements dunkerquois, havrais et même nantais
peuvent aller puiser leur main d'oeuvre beaucoup plus loin.  A Vertou on compte les cap-horniers sur les doigts d'une main et à Trentemoult, ils ne sont guère
nombreux. Le port de Nantes est maintenant supplanté par les ports du nord plus proches des zones industrielles et urbaines du pays, notamment Le Havre et
Dunkerque, où siège l'armement Bordes qui est le plus important armateur cap-hornier français. Un ouvrage tout à fait remarquable a été écrit par deux
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