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Lumières. Ils fréquentaient les nombreux cercles de littérature et de philosophie de la Ville, ils applaudissant bien entendu à la future libération des Etats-Unis à
laquelle ils prenaient une part active, financière en particulier. Ils étaient pour la plupart membres de loges maçonniques (la moitié des armateurs et capitaines de
Nantes appartenaient à la franc-maçonnerie), tout en couvrant de leurs largesses congrégations religieuses et orphelinats. 
Il faut également insister sur la dimension européenne de ce trafic – les négociants nantais en auraient traité 3-4 %. Elle vient d’être rappelée récemment
par la presse helvétique :“ Des Suisses ont participé à une centaine d'expéditions négrières de manière directe ou indirecte, impliqués dans la traite de plus de 172
000 Noirs déportés, soit 1,5% des 11 à 12 millions de captifs arrachés à l'Afrique. Les Suisses n'étaient pas seulement des négriers, mais également des
esclavagistes. Au XVIIIe siècle, des Genevois, Bâlois, Saint-Gallois, Vaudois ou Zurichois dirigeaient des plantations dans les colonies anglaises, françaises ou
hollandaises. Jusque tard dans le XIXe siècle, des émigrés helvétiques se lanceront dans l'esclavagisme …”
Il faut aussi relativiser l'immensité des fortunes quii auraient été acquises avec ce trafic car le meilleur spécialiste de la question écrit à ce sujet : " ...l'idée
selon laquelle le profit est à coup sûr énorme est largement infondé...4 à 6% pour les négriers Nantais du XVIIIème, profits moyens relativement bas comparés aux
3 à 5% que peuvent rapporter les investissements fonciers beaucoup plus sûrs ...". Si quelques uns ont parfois beaucoup gagné sur un voyage, nombreux sont ceux qui
ont bu de gros bouillons financiers. On n’en parle jamais et pour cause. Les immenses fortunes de quelques négociants pointées du doigt comme honteuses ont été
générées bien davantage par  des activités traditionnelles que par le trafic négrier aléatoire et de faible rentabilité.
Ces braves négociants seront bien mal récompensés de leur zèle révolutionnaire quand sous la Terreur le sinistre Carrier les décimera tous avec sauvagerie,
sans faire de détail. Celui-ci occupait symboliquement le plus luxueux des Hôtels de l’Ile Feydeau, celui du Malouin de Villestreux. Il sera impitoyable pour les
négociants nantais, négriers ou non, tous condamnés à la mort sous l’accusation terrible et sans appel à ses yeux de “négociantisme”. Après avoir été pillés et spoliés
ils finiront tous décapités, fusillés ou noyés, tandis que leurs hôtels seront confisqués et leurs élégantes folies seront incendiés ou démantelées. (on peut penser
que les négociants d'origine étrangère seront repartis sans attendre les bienfaits de la liberté révolutionnaire promise).Alors que la Terreur expire, ce sinistre
personnage ne sachant plus que faire des familles de négociants emprisonnés les expédie à pied vers Paris, une marche sadique et meurtrière dont peu
réchapperont.  Cette folie meurtrière et destructrice n'a pas épargné les archives personnelles et professionnelles des négociants qui ont toutes disparu à quelques
exceptions près. En l'absence de ces preuves formelles indiscutables il est très difficile de dire aujourd'hui quelle a été la part réelle de ce trafic considéré alors
comme hasardeux et dangereux dans le chiffre d'affaires, le bénéfice ou le patrimoine du négoce nantais au XVIIIème. Ce qui ouvre la porte à bien des
interprétations idéologiques tendancieuses. 
En revanche il reste de cette période de nombreuses archives techniques, car depuis Colbert, la France est dotée d'une efficace administration maritime. La
logistique de ce trafic est bien connue et confirme que l'activité de traite à Nantes était marginale du point de vue maritime, même pour les négociants spécialisés,
De plus il était intermittent, interrompu pendant de longues années à chaque reprise des hostilités avec l’Angleterre. Toute l'activité maritime nantaise ne
s'arrêtait pas pour autant.
A côté de ce trafic très spécialisé la grande majorité des négociants et des marins de la Cité des Ducs menaient leurs activités traditionnelles en relation
avec l'Europe et les Indes orientales et occidentales sans jamais se mêler de ce trafic triangulaire qui était d’une toute autre dimension, financière notamment,
qu’un simple transport maritime. Il est facile de vérifier qu’aucun des modestes navigateurs de Vertou et de Trentemoult n'a participé ni de près ni de loin à ces
voyages. En revanche ils ont été nombreux à se battre contre l’Angleterre et à mourir pour l’Indépendance des Etats-Unis. (voir ci-dessous) 
A Nantes la thèse officielle des procureurs autoproclamés, et d'ailleurs on n’entend qu'elle, est d’affirmer que le trafic triangulaire serait lui seul à l'origine
de la prospérité nantaise considérée dès lors comme “douteuse” et “honteuse“. Pour conforter cette propagande ils montrent d’un doigt inquisiteur les hôtels
particuliers construits à Nantes au XVIIIème. Ces idéologues incultes (pléonasme !) ignorent évidemment qu’à cette époque-là ce sont toutes les villes de France,
portuaires ou non qui se développent, s'embellissent, se modernisent, s’agrandissent. Par exemple la population de Nantes double au cours du XVIIIè. “C’était pour
servir d’écrins prestigieux aux statues équestres ou pédestres des rois que Paris, Lyon, Bordeaux, Rouen, Montpellier, Reims ou Rennes consacrèrent ces espaces
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