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Deurbrouck. On a déjà cité le cas de Rhuys de Embito influent négociant espagnol qui se permettait de recevoir dans son hôtel du Quai de la Fosse les rois de
France de passage à Nantes. Plusieurs personnalités marquantes de la Ville n'étaient pas d'origine Nantaise comme Harrouys un hollandais, Thomas Dobrée un
huguenot de Guernesey, Mellier  l'énergique Maire de Nantes du début du XVIIème,un lyonnais, Graslin un tourangeau, Ceineray un parisien. Bien placés pour juger
de cette situation les Juges et Consuls de Nantes écrivent en 1759: " ...dans l'Europe en miniature qu'est devenu le Port de Nantes, hollandais, anglais, allemands,
suisses et irlandais se livrent au commerce et à l'industrie depuis plus de deux siècles " .
Nantes et la traite négrière
Il y a bien eu des négriers à Nantes, mais il n’y pas eu que cela, de beaucoup s’en faut ! Qu’il est pénible pour les descendants de marins nantais de subir cet
amalgame constamment fait aujourd’hui entre une petite minorité de négriers et la grande majorité d'honnêtes marins, capitaines et négociants qui ont participé
modestement pendant des siècles à la prospérité de cette grande cité maritime. Muriel Bouyer, auteur d’une thèse récente “Sur les traces des marins nantais du
XVIIIème”, estime que sur les 5000 navires qui passaient par Nantes, les navires armés pour le commerce colonial ou la traite ne représentaient que 150 à 300
unités. Par ailleurs ce n’étaient pas les capitaines et encore moins les marins de la région qui organisaient le trafic triangulaire, ni d’ailleurs les armateurs, mais une
poignée de négociants spécialisés (une quinzaine environ sur les 250 répertoriés à Nantes) qui avaient les reins suffisamment solides pour assumer les mises de fond
et les risques considérables des expéditions de Guinée, risques qu’ils partageaient avec des spéculateurs recrutés dans toute l'Europe par de multiples
intermédiaires financiers. Dans cette quinzaine on ne trouve pratiquement pas de nantais de souche (Michel), mais des malouins, un vendéen (Mosneron), des
parisiens (Grou, Montaudouin), un tourangeau (Sarrebourse), des irlandais (Walsh, O'Shiell, O'Riordan), un flamand (Deurbrouck), des huguenots de toutes origines
(Struckman, d’Havelooze, Meckanhuisen) et un hobereau breton  ... Ceci est confirmé par l’historien Christian Bouyer qui écrit dans – “Au temps des Iles” ( Editions
Taillandier ) p165  : “ Parmi les grands noms des “messieurs du commerce” comme ils se désignaient ceux de souche nantaise sont largement minoritaires …mais le
clan le plus important est incontestablement celui des Irlandais arrivés en France en 1688 avec le roi Stuart Jacques II
Au départ ce commerce a été provoqué par l’extraordinaire engouement apparu en Europe pour toutes les denrées coloniales : café, sucre, chocolat, épices.
Pour répondre à cette demande frénétique les planteurs coloniaux devaient se procurer toujours plus de main d’œuvre. Au début ils avaient bien essayé de recourir
à des pauvres bougres originaires de l'Ouest de la France mais ce fut un échec total: ils dépérissaient, s’enfuyaient ou se révoltaient. Les planteurs se sont ainsi
progressivement tournés vers le marché d’esclaves africains rôdé depuis des siècles. Les négociants européens ont mis en oeuvre leur habituel savoir-faire pour
rapprocher les besoins de main-d’œuvre des planteurs coloniaux avec l’offre disponible « volens nolens » en Afrique. Les vrais responsabilités de ce trafic infernal
seraient plutôt à rechercher du côté des consommateurs européens de l’époque, à l’exemple de ces intellectuels des Lumières qui se retrouvaient autour d’un café
au Procope pour deviser sur le thème du bon sauvage sans avoir la moindre pensée pour l'esclave noir qui a produit ce café. A Freynet Voltaire et Mme de Chatelier
n'auraient renoncé pour rien au monde à leur consommation effrénée de chocolat sous toutes ses formes. Voltaire cynique mais perspicace le fait dire dans
“Candide” par un esclave noir amputé d’une main et d’un pied parce qu’il avait tenté de s’enfuir:“ C’est à ce prix-là, messieurs, que vous mangez du sucre en Europe”. 
Comme aujourd’hui le consommateur occidental qui achète sans retenue ni scrupule ses gadgets dernier cri fabriqués en Chine par des enfants-esclaves.
Souvenons-nous des propos de Caton cités en exergue : "Il est pénible d'avoir à rendre compte de sa vie à des hommes d'un autre siècle que celui où l'on a
vécu”. Comment peut-on juger avec nos références morales actuelles des pratiques qui ne soulevaient aucune objection plusieurs siècles avant nous ? Un trafic qui
non seulement n’était condamné par personne à l’époque qui en plus il était encouragé par “les pouvoirs publics” puisque au départ ils versaient une prime pour chaque
esclave transporté. Réciproquement, combien de nos pratiques actuelles auraient profondément choqué la morale d’un  homme du XVIIIème et combien de nos
habitudes actuelles considérées comme normales et morales seront jugées barbares et scandaleuses par nos lointains descendants dans deux ou trois siècles.
(Exercice : lesquelles selon vous ?).
Par ailleurs les négociants et armateurs nantais étaient en général des esprits éclairés, fervents partisans de la république, admirateurs des philosophes des
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