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Que sont-ils devenus ?
Peu à peu le souvenir des navigateurs de l’âge d’or de la marine nantaise du XIX
ème
s'est estompé, puis s'est totalement perdu, ne laissant que quelques
traces matérielles discrètes de leur exceptionnelle aventure: des tombes dans un cimetière, des maisons de capitaines, des noms de rues, d'anonymes photos
jaunies, des tableaux de voiliers, quelques antiquités de marine …et quelques belles réussites professionnelles pour nombre de leurs descendants ! 
Au Jeu de l’Oie de l’aventure maritime bien peu ont gagné. Il fallait d’abord et avant tout disposer d’une solide santé, devenir capitaine, commander
jeune, vivre vieux, inspirer confiance à des intéressés pour financer son navire et acquérir le statut de capitaine armateur, réussir des voyages profitables, ne
pas se faire enlever par une lame sournoise ou une maladie exotique, ne pas se perdre corps et biens par une erreur de manoeuvre ou de navigation, ne pas
faire de mauvais choix d’équipage, de fret, de route, et l'âge de la retraite arrivé réussir à revendre à bon compte son navire. Bien peu d'entre eux ont réussi
ce parcours sans faute pendant deux générations. Et il fallait surtout éviter de tomber sur la case fatale "Cap-hornier".
Ce ne sont pas leurs modestes fortunes chèrement acquises et vite fondues au soleil qui nous impressionnent. Comme leurs contemporains nous restons
surtout admiratifs de ces quasi-surhommes capables de dompter ces immenses machines à voiles dans les pires conditions de mer, de vent et de tempêtes, de
partir sillonner toutes les mers du globe et de visiter une quantité de pays exotiques, d'affronter des risques considérables pour leur santé et leur vie, de
s'absenter de leur village et de leur famille pendant de long mois, parfois même des années, de faire leur commerce dans tous les ports du monde, dans toutes
les langues, dans toutes les monnaies. Ils étonnaient leurs contemporains par l’étendue de leurs expériences, de leurs connaissances, de leurs aventures  et de
leurs compétences commerciales, géographiques et financières. Ils admiraient la réussite et l'ascension sociale de ces "self made man".
Certes ils n’étaient pas rompus comme les notables terriens aux humanités classiques, grecques ou latines, ni aux bonnes manières. Mais ils étaient des
hommes courageux, entreprenants, pragmatiques, pleinement responsables de leurs actes et de leurs décisions car la moindre erreur pouvait leur être fatale.
Ils avaient beaucoup appris sur le tas pour s'être frottés au cours de leurs voyages à plusieurs pays, cultures et civilisations. Ils avaient eu la chance
d'observer l'essor des pays émergents et d’avoir pu se confronter durant leur service militaire aux nouvelles techniques d'avenir. Ils avaient une mentalité de
chefs d’entreprise et de capitaines d’industrie. Ils généraient des emplois et des activités autour d'eux, marins, mais aussi toutes  les professions associées:
tonneliers, charpentiers de navires, accastilleurs, forgerons, ainsi que les artisans du bâtiment qui construisaient ou rénovaient leurs maisons. Ils assuraient
des compléments de revenus substantiels aux notables qui prenaient des intérêts dans leurs navires. 
Ce n’est donc pas étonnant que la communauté maritime ait joué à Vertou un rôle si important dans le passé comme le montre la liste de ses
représentants officiels : Charles Garnier, Armateur, maire pendant dix-huit ans, Jean Bureau, Capitaine-Armateur maire pendant cinq ans ; Charles Lecour,
Armateur sénateur de l’arrondissement ;Charles Bonnigal petit-fils de capitaine, maire ( ref Simone Bouteiller), Ernest Guichet, issu d’une famille de
navigateurs de la Barbinière, maire dans les années 50, et les trois Dejoie successivement maires de Vertou : Lucien, Luc et Laurent, descendants d’une famille
de navigateurs originaire … de Trentemoult.
Plus que leur fortune c'est leur statut social qui en imposait alors, conjonction remarquable pour l’époque de la réussite financière, de l’éducation
supérieure, de l’esprit d’entreprise, de l’expérience du commerce et de la conduite des affaires. Ils ont ainsi donné à leur descendance, un énergique coup de
pouce social. A la fin du XVIII
ème
les habitants de la Barbinière et du Chêne sont gabariers ou charpentiers de navires. Au début du XIX
ème
ils sont marins. Au
milieu du XIX
ème
ils sont presque tous capitaines au cabotage puis au long cours. Au début du XXème tous leurs descendants sont partis vaillamment à la
conquête des nouvelles carrières offertes par l'industrie, le commerce, l'administration, la santé, l'armée, l'enseignement où on les retrouve à des postes de
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